Les freins à un numérique plus responsable

freins numérique responsable

Nous allons vous présenter dans cet article les freins potentiels identifiés par des parties prenantes interviewées pour le développement d’un numérique plus responsable. Il est basé d’après une étude réalisée pour le compte de l’ADEME et l’Arcep par DELOITTE Conseil.

Les acteurs interviewés

L’ensemble des acteurs interviewés ainsi que la répartition par typologie d’acteurs sont respectivement présentés dans le tableau ci-dessous.

Types d’acteursActeurs
Acteur public ou politique– DGE
– Dinum
– Sénat –Patrick Chaize
– CCI Hérault/Occitanie
Association & Collectif– Institut du Numérique Responsable
– La fresque du numérique
– The Shift Project
– Halte à l’Obsolescence Programmée
Chercheur indépendant spécialisé– 6 chercheurs (ingénieur, chercheur, professeur)
Groupement professionnel– CIGREF
– Syntec Numérique
Secteur privé– Netflix
– Ericsson
– Recommerce
– Qarnot Computing
– AWS
– Nokia
– Google
– Orange
– Free
– Anonyme
Tableau 1 – Acteurs interviewés

Les différents freins à un numérique plus responsable

Les entretiens réalisés ont permis d’identifier les grands freins à un numérique plus responsable.

Freins réglementaires

Les principaux freins réglementaires mis en avant par les acteurs interviewés sont les suivants :

  • Manque de réglementation pour inciter au développement de solutions alternatives
    • Il y a un manque de réglementations fiscales effectives et harmonisées. Les entreprises ne sont pas convaincues d’aller vers des activités plus environnementales, dû à des disparités de taxation d’un pays à l’autre.
    • Il y a peu de réglementations sur l’obsolescence logiciel et marketing. En effet, il peut exister ce qu’on appelle une “obsolescence marketing” qui incite à renouveler des équipements encore en état de marche.
    • Il y a un manque de réglementation sur l’usage des infrastructures. Il existe aujourd’hui encore peu de contraintes environnementales (par exemple avec les infrastructures des datacenters).
  • Complexité de la mise en œuvre de solutions alternatives du fait de la réglementation
    • Il y a une complexité réglementaire à diminuer l’impact environnemental de la chaîne de valeur. Le cadre réglementaire ne permet pas toujours la mise en place de projets plus soutenables (ex : difficulté de s’auto-approvisionner en énergie renouvelable).
  • Manque d’application de la réglementation existante
    • Il existe tout un enjeu de concurrence et de fraude. Par manque d’application réglementaire, cela rend très difficile pour les entreprises qui essayent de proposer des services alternatifs de fonctionner.

Ainsi, dans plusieurs cas, le cadre réglementaire ne permet pas la mise en place de projets plus soutenables. Les acteurs privés interrogés estiment qu’une action réglementaire serait nécessaire au vu de la complexité de la mise en œuvre de solutions alternatives et que les actions réglementaires existantes ne sont pas suffisamment mises en application.

Freins sociaux et sociétaux

Les principaux freins sociaux et sociétaux mis en avant par les acteurs sont les suivants :

  • Freins comportementaux de l’utilisateur vis-à-vis du numérique responsable
    • Raccourcissement de la durée de vie des équipements dû à des limites psychologiques à l’adoption d’un modèle alternatif plus responsable.
  • Manque de connaissances sur le sujet du numérique responsable
    • De nombreuses idées reçues des utilisateurs du numérique vont à l’encontre du développement de produits numériques plus responsables, comme des produits plus chers. Il s’agit de former les consommateurs, acteurs publics et privés, et de lier les avantages d’un environnement numérique responsable à l’économie et à la société.
    • Il existe une grande perception non-matérielle du numérique (par exemple avec le CLOUD et toutes les communications marketing autour de cela) qui a participé à une “invisibilisation” des impacts du numérique.
  • Compatibilité du Numérique Responsable avec d’autres enjeux sociétaux
    • Il existe une incompatibilité entre les enjeux de numérisation et les enjeux environnementaux. Les technologies numériques responsables peuvent être un concept mal défini par le sentiment d’incohérence entre le développement des technologies. numériques et la réduction de leur impact sur l’environnement
    • Les enjeux environnementaux peuvent aller à l’encontre du développement du numérique responsable.
    • Il faut veiller à ce que la limitation des impacts n’affecte pas négativement les mesures d’égalité d’accès aux services numériques.

Le manque de connaissances et de formation touche ainsi l’ensemble de l’écosystème des acteurs numériques et demeure un frein majeur, malgré l’existence d’une prise de conscience collective sur les impacts environnementaux.

Freins techniques

Les principaux freins techniques mis en avant par les acteurs sont les suivants :

  • Méthodologies d’évaluation des impacts du numérique trop complexes
    • Les approches actuelles sont trop complexes et chronophages à mettre en place. En effet, elles nécessitent trop de ressources humaines et financières pour s’adapter à toutes les situations et se déployer dans tous les types d’entreprises.
  • Manque de méthodologies partagées et accessibles d’évaluation des impacts environnementaux
    • Il y a une absence de repères communs pour le libre accès. Les résultats de la recherche peuvent s’avérer disparates et problématiques, car il n’existe actuellement aucune méthode de mesure officielle, gratuite et ouverte disponible pour tous les participants.
  • Manque de données
    • S’il n’existe pas de base de données homogène et fiable, il n’existe pas non plus de méthode de calcul compatible avec l’open source/open data.
  • Complexité du périmètre numérique
    • Le périmètre numérique est difficile à définir en raison de sa caractéristique d’intersection. Il est donc difficile de sélectionner l’attribution de l’impact et de quantifier l’impact direct et indirect.

Il y a donc un constat sur la complexité du périmètre numérique et de l’évaluation des impacts environnementaux associés.

Freins économiques

Les principaux freins économiques mis en avant par les acteurs sont les suivants :

  • Manque d’incitations économiques dans la mise en œuvre de solutions alternatives
    • Les modèles économiques sont difficiles (faible différence du prix entre le neuf et le reconditionné ainsi qu’une logistique onéreuse)
    • Les appareils numériques ont des configurations complexes et nécessitent une approche des matériaux et des fournisseurs. La mise en œuvre d’une solution d’économie circulaire nécessite donc beaucoup de ressources humaines et financières.
  • Peu de demande client et compétitivité du marché privé
    • La demande des clients est faible aujourd’hui. Les fournisseurs de services numériques ne peuvent donc pas être différenciés en promouvant les leviers d’éco-conception numérique. De plus, la concurrence entre acteurs privés pour développer rapidement des services ou des produits numériques innovants affecte les enjeux environnementaux du numérique.
  • Manque de ressources allouées au sujet du numérique responsable
    • Les méthodes de mesure de l’impact environnemental des services numériques (comme l’ACV) sont régulièrement externalisées en raison de la complexité de l’application.

Dans l’ensemble, gardez à l’esprit que les marchés ont du mal à internaliser les externalités négatives du secteur numérique (telles que des taux de mise à jour excessifs des appareils,etc.).

En conclusion

Les entretiens réalisés avec les différents acteurs ont permis d’identifier des freins afin d’avoir un numérique plus responsable. Il est important de noter les principaux freins identifiés :

  • La complexité du périmètre numérique est le premier obstacle à la quantification de l’impact environnemental du numérique. Cette complexité est notamment due à l’ubiquité et à l’intersection des services numériques.  Cela peut également mettre en évidence le manque de méthodes et de données communes, en particulier les évaluations du cycle de vie, comme un obstacle technique majeur
  • La réglementation n’incite pas les acteurs du numérique à améliorer l’empreinte environnementale de leurs activités
  • Le manque de connaissances, de sensibilisation et d’incitations financières entravent le développement de solutions numériques responsables.

On peut trouver ci-dessous le nombre de freins identifiés par les acteurs interviewés. On constate alors que la majorité des freins viennent du domaine technique.

Figure 1 : Nombre de freins au développement d’un numérique responsable identifiés par les acteurs interviewés

Merci à Quentin pour la rédaction de cet article !

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Timothée de LyonMes sujets préférés sont les données, les besoins métier et… le Développement Durable ! Croyez-moi les 3 s’associent très bien !

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